Portraits de producteurs
Christian BILLAND,

arboriculteur à St Joseph. Président de la Coopérative « Saveurs du Jarez »
Pouvez-vous vous présenter et nous présenter votre exploitation ?

J’ai 50 ans, je suis marié et j’ai 3 enfants. Je suis installé sur la commune de Saint Joseph depuis 1983. J’exploite une surface de 10 à 15 hectares. La surface est variable car il y a des renouvellements entre les plantations jeunes et les arbres adultes. Je travaille avec un salarié à temps plein, puis, suivant la saison de 5 à 10 saisonniers

Quelles sont vos principales productions ?


Je produis des fruits à partir du mois de mai. Je commence par les fraises, ensuite au mois de juin viennent les cerises. En juillet et août, c’est le tour des pêches, des abricots et des nectarines. Les prunes arrivent à la fin du mois d’août, les pommes et les poires sur septembre et octobre.

Vous produisez des fraises sous serre ?

Il s’agit de tunnels, de serres non chauffées. Nous en produisons d’Avril à Mai. Nos fraises poussent en pleine terre et non en hors sol comme il en existe beaucoup. A mon avis, les fruits qui poussent en pleine terre bénéficient de toutes les richesses minérales du sol, ce qui est un plus pour les fruits.

Pouvez vous nous parler globalement de la production de fruits dans le Jarez ?

Autrefois, la commune de Saint Romain en Jarez était appelée Saint Romain les Pommes ! Depuis plusieurs siècles, on produit des fruits sur nos communes. Dans les années 20, nous avons commencé à planter des parcelles uniquement d’arbres fruitiers avec des arbres palissés. Mais la spécialisation des exploitations dans l’arboriculture remonte vraiment aux années 70.
A ce jour on compte environ 100 producteurs de fruits sur le secteur dont une cinquantaine de producteurs spécialisés. 15 producteurs font partie de la coopérative « Saveurs du Jarez ».

De quel genre d’exploitation s’agit il ?

Nos exploitations sont familiales puisque les plus importantes comptent un maximum de 3 salariés.
Nous travaillons de façon « artisanale », il ne s’agit pas de cultures industrielles. De toutes façons cela serait impossible avec notre parcellaire morcelé et notre relief pentu !

Pourquoi peut on dire que les fruits du Jarez sont des fruits de qualité ?

Le relief en coteaux est un avantage pour la qualité des fruits car ils sont mieux exposés au soleil.
La qualité des sols joue aussi. Nous avons des sols sablo limoneux riches en magnésium, ce sont des sols légers et aérés, les arbres s’y développent alors facilement.
Beaucoup de nos terrains étaient autrefois exploités en vignes. Ces terrains conviennent bien à l’arboriculture.
La qualité de nos fruits repose donc sur la qualité des sols, l’exposition en coteaux mais aussi la proximité des bassins de consommation qui permet de commercialiser des fruits plus frais, moins transportés…en vente directe on peut cueillir un fruit plus près de la maturité. Cela ne fait aucun doute, un fruit cueilli à maturité aura toujours plus de goût.

Respectez-vous un cahier des charges pour votre production ?

Historiquement, sur les coteaux du Jarez, les exploitations ont toujours travaillé avec les techniciens spécialisés en arboriculture de la Chambre d’Agriculture. L’arboriculture s’est développée avec le souci d’une agriculture « raisonnée ». Cela signifie que nous observons beaucoup les arbres, les insectes, les feuilles, les risques de maladie, les premiers symptômes. Ensuite en fonction des observations, on décide de traiter… ou pas.
Ici, on ne pratique pas les traitements systématiques avec des cadences régulières. Nous essayons de produire des fruits les plus sains possibles, nous limitons au minimum les traitements.

Constatez-vous des habitudes de consommation sur le bassin stéphanois ?

Les gens achètent de moins grosses quantités à la fois mais souhaitent avoir plus de choix. Il faut des fraises, des framboises, des cerises, des pêches, des abricots. Il faut toujours avoir 5 à 6 fruits à proposer, ainsi que des variétés différentes. C’est une nouvelle tendance, le consommateur veut avoir une gamme large. Je pense qu’il faut s’adapter et proposer des variétés qui sont intéressantes sur le plan gustatif.

L’avantage de travailler à plusieurs producteurs, dans le cadre de la coopérative du Jarez, nous permet d’avoir des gammes plus étoffées. Pour un producteur isolé, ce serait plus difficile techniquement.
Au niveau de la gamme, nous avons aussi l’avantage d’être situés en coteaux. Certaines exploitations, telles que la mienne, commencent à produire à 350 m d’altitude. D’autres sont situées à 600 m, voire même davantage. Ceci étale donc les périodes de production.

Où peut on trouver vos fruits ?

Je fais deux marchés par semaine, le vendredi à Chazelles sur Lyon et le samedi à Montbrison.
Le reste de ma production est écoulé par le biais de la coopérative « Saveurs du Jarez », dont je suis le président et qui travaille principalement avec les grandes surfaces de Saint Etienne : Auchan, Leclerc et Métro (fournisseur de commerçants et restaurateurs). Pour la prune et la cerise, notre coopérative s’est associée avec d’autres coopératives de la vallée du Rhône pour accéder au marché national et au marché d’export.

Pouvez vous nous présenter la coopérative « Saveurs du Jarez » ?

Il y a une quinzaine d’années, un groupe d’arboriculteurs, dont je faisais déjà partie, a ressenti le besoin de faire savoir que nous produisions des fruits locaux. Nous avons donc constitué une association et créé une marque « les Coteaux du Jarez », pour mettre une étiquette commune sur nos produits. Mais nous commercialisions alors toujours de façon individuelle. Puis, il y a 10 ans, nous avons décidé de nous regrouper pour la vente. Nous avons donc créé la coopérative. Cela nous a permis d’accéder à la grande distribution car nous avions des tonnages plus importants, une gamme de produits plus étoffée et des produits toute l’année. « Les Coteaux du Jarez » sont devenus « Saveurs du Jarez ». La coopérative regroupe une quinzaine de producteurs.

La coopérative pratique t’elle aussi la vente directe auprès des consommateurs locaux ?

Il s’agit de notre projet pour l’automne 2008 !
Nous avons 2 projets en cours d’étude : l’ouverture d’un point de vente collectif dans notre local en bordure d’autoroute à hauteur de Rive-de-Gier, à la sortie « Génilac Rive de Gier » (ouverture en 2009), et la création d’un site Internet grâce auquel les consommateurs pourront commander et payer en ligne des caisses de fruits et passer les récupérer à la coopérative (ouverture du site prévue d’ici fin 2008).
Tout ceci permettra aux consommateurs d’avoir accès à nos produits directement auprès des producteurs, et d’échanger avec nous. Nous essayons de sélectionner des variétés qui ont un atout sur le plan gustatif plutôt que sur le plan visuel. Nous souhaitons pouvoir l’expliquer directement à nos clients.
Nous essayerons aussi d’inviter nos clients à venir visiter nos vergers. Nous avons beaucoup de choses à expliquer.
Cette nouvelle façon de travailler nous permettra de rester plus maîtres de nos produits… et de nos prix !
Il faut que l’on réapprenne aux gens à manger des fruits de saison, qui sont meilleurs et moins chers.

Est-ce important pour vous de pratiquer la vente directe ?

C’est essentiel ! Même si nous avons aussi besoin d’écouler nos fruits hors région ou sur des grands magasins, la vente directe est essentielle pour notre production. En étant plus près du consommateur, nous percevons davantage les évolutions du marché. Ceci nous permet de nous adapter, de tenter de nouvelles variétés, de nouveau conditionnements…
Il y a de bons échanges sur les marchés de détail. Par exemple, les clients plus âgés souhaitent des pommes plus tendres, nous avons donc maintenu des variétés plus tendres…

Nous avons un bassin de consommation à notre porte, c’est très important. Nous ne pouvons rivaliser avec les grands bassins de production, notre avenir est donc lié au travail que nous ferons avec les clients de proximité.

Le développement des circuits de vente directe nous permet de valoriser nos produits et de conserver une marge, ce qui est important pour la pérennité de nos exploitations.

Et quels sont les avantages pour le consommateur ?

Lorsqu’il achète directement auprès du producteur, le consommateur a accès à des fruits de qualité, frais, cueillis plus près de la maturité et il bénéficie de conseils.

Qu’est ce qui vous plait dans ce métier ?

Le contact avec la nature…j’aime travailler à l’extérieur.
On aime nos arbre on les bichonne. Un arbre c’est vivant. Tailler un arbre cela a un petit côté artistique, on lui donne une forme. On le voit porter ses fruits et c’est une belle satisfaction. Quand on partage cela avec les consommateurs, c’est encore mieux.
Mais pour pouvoir en vivre il faut savoir que cela nécessite beaucoup de travail en période de cueillette, l’arboriculture demande beaucoup de main d’œuvre

Et l’avenir ?

Il y aura sans doute des choses à mettre en place : certaines exploitations pourront faire de la libre cueillette, le consommateur pourra devenir propriétaire d’un arbre fruitier… je pense qu’il y a beaucoup de chose à imaginer dans les partenariats entre producteurs et consommateurs locaux. Durant les prochaines années il faudra innover en la matière. Il faudra que les gens puissent venir sur l’exploitation : voir ce qui s’y passe,…
Je pense que l’arboriculture demeurera si elle arrive à évoluer dans ce sens.